Un parcours de différence raconté à Garneau

Par Michel Hubert

Stephen James Lambert

Au cégep FX Garneau, ce jeudi 2 mars 2017 sur l’heure du déjeuner, se tenait une conférence organisée par L’Alliance de la Pluralité Sexuelle de Garneau avec pour thème : Être un transgenre en société.

C’est au Café Oxymel pendant le bloc libéré, que s’est tenu cette belle initiative. Entre odeur de café et de boîte à lunch, la salle était comble quand un jeune homme bien de sa personne est monté sur scène et a pris le micro. Stephen James Lambert, étudiant à St. Lawrence a commencé par se présenter en expliquant qu’il était fiancé et aimait faire des farces, pour finir par nous dire qu’il tenait à ce que l’on sache qu’il n’était pas qu’un homme trans.

Malgré le trac au début de la conférence, Stephen a vite pris ses marques et expliqué dans une salle silencieuse et à l’écoute le récit de sa transition. Accompagné par des photos de lui alors qu’il s’appelait encore Stéphanie et qui retraçait son parcours, il a expliqué quasiment chronologiquement les étapes qui l’ont amené à enfin devenir à l’extérieur l’homme qu’il était déjà à l’intérieur.

S’appuyant sur des anecdotes, il a parlé du malaise qu’un jeune enfant transgenre ressent, des premières questions à 4 ans : « Maman, est-ce qu’un jour j’aurais moi aussi un pénis ? » à la libération ressentie quand il a enfin mis le mot transgenre sur sa situation en regardant une vidéo sur Youtube traitant du sujet.

Michel Hubert

Il faut déjà du courage pour monter sur scène, encore plus pour parler de soi et de ce qui est le plus intime, notre identité, mais Stephen s’adonne à l’exercice sans fausse pudeur, encourageant le public à poser leurs questions. Comme il le dit lui-même : « Il n’y pas de questions que vous poserez que je ne me suis pas déjà posées ». Un peu gênés, plusieurs étudiants l’interpellent tout de même. Souvent pertinentes leurs questions permettent au jeune homme de parler de son coming-out auprès de sa mère, de la peur ressentie encore plus forte pour le dire à son père, de l’acception de ceux-ci et de ses amis, de l’intimidation quotidienne au primaire et au secondaire, de la dépression, du changement physique suite à l’hormonothérapie. Il parle sans fausse pudeur de la douleur imposée par le bandage de la poitrine, mais tellement nécessaire pour se sentir soi, ainsi que du parcours médical, des délais toujours trop longs, du nombre de médecins qu’il faut voir pour pouvoir commencer sa transition, de sa mastectomie, de son hystérectomie, et de sa future phalloplastie. Il explique les mots, la différence entre transgenre et transsexuel, ce qu’est la dysphorie, et fait œuvre de pédagogie.

S’il se réjouit des évolutions positives dans le traitement des changements de noms et de sexe, il soulève avec justesse, qu’à Québec, c’est plus difficile qu’à Montréal d’être accompagné dans sa transition. Le jeune fiancé insiste sur grande diversité dans la communauté transgenre, sur le fait que tous les transgenres ne suivent pas ces étapes, certains passent par l’hormonothérapie, d’autres non, certains par la chirurgie d’autres non, certains sont hétérosexuels d’autres non.

Dans une ambiance d’écoute et de respect, la salle comble a appris de ce jeune homme. C’est certainement grâce à des initiatives comme celle-ci et au courage individuel comme le sien de se mettre à nu pour expliquer et démystifier que les transgenres seront d’autant plus acceptés par la société et par la communauté LGBTQ si diverse et pourtant tellement liée par bien des sentiments ressentis dans ce parcours de différence.