« Le mari de mon frère » : Un manga inclusif de Gengoroh Tagame

Par Michel Hubert

Un manga à succès au Japon qui traite d’homosexualité en y présentant un canadien? L’Alliance Arc-en-ciel se devait de vous en parler. Rencontre improbable entre Mike Flanagan, un bear canadien, un japonais prénommé Yaichi et sa fille Kana.  Émotion et éducation, sont présentes dans ce manga qui s’appuie sur une histoire qui a un point de départ bien triste.

Yaichi est un jeune papa japonais qui élève seul sa petite fille Kana. Un jour, ce duo fusionnel voit son quotidien bouleversé par l’arrivée d’un homme, Mike Flanagan. Ce bear canadien au physique imposant débarque pour y rencontrer pour la première fois la famille de Ryôji, son mari récemment décédé qui n’est autre que le frère jumeau de Yaichi. La jeune Kana va accueillir ce nouveau tonton exotique avec beaucoup de questions naïves et un immense enthousiasme, Yaichi, lui va être confronté à l’homosexualité de Mike et surtout à celle de son frère défunt avec lequel il ne parlait plus depuis des années. Mike quand à lui va chercher à faire son deuil en nouant des liens et avec cette famille en mémoire de son époux, tout en étant confronté au visage de l’homme qu’il a aimé.

弟の夫, Otouto no otto, littéralement « Le mari de mon frère » est un manga plébiscité au Japon,  il compte actuellement 4 tomes, dont les 3 premiers sont disponibles aux Bibliothèques de Québec. Vous pourrez donc découvrir ce manga gratuitement. Les tomes du manga ont été publiés en français en de septembre 2016 à novembre 2017 aux éditions Akata. Le premier tome a reçu le prix d’excellence au 19e Japan Media Arts Festival en 2015, et est officiellement sélectionné au Festival d’Angoulême 2017.

Les émotions de Mike face au visage de Ryôji qu’il voit en Yaichi  est palpable. Le bear imposant et massif est touché et touchant dans son deuil.  Yaichi confronté à l’homosexualité de son frère se retrouve confronté à ses contradictions, à Mike, cet homme qui n’est pas comme il pensait, et aux réactions de sa fille. La maman de Kana est présente bien qu’elle n’élève pas la fillette: les deux parents sont divorcés et elle s’occupe de sa carrière. Les questionnements un brin naïfs de la petite Kana, qui apportent un vent de fraîcheur à un sujet qui pourrait être lourd, permet à l’auteur d’offrir de « petits cours de culture gay ». Par exemple, il explique l’homosexualité,  la communauté bear, le drapeau arc-en-ciel, le triangle rose, le coming-out ou l’histoire du mariage gay dans le monde. Les questionnements plus adultes de Yaichi, permettent d’aller plus loin sur l’acceptation, la tolérance, sur les réactions à privilégier face à une personne homosexuelle. Yaichi évolue au fil des chapitres, et fini par énoncer une phrase qui explique le but de ce manga familial et éducatif : « je ne peux pas juger… car jusqu’à aujourd’hui, je n’y connaissais rien ». Ce manga veut expliquer !

Le fait que Mike Flanagan soit canadien, portant des chemises carreautées, aimant les macaronis au fromage n’est ici qu’un prétexte pour apporter un gaijin, c’est à dire un étranger, un occidental dans cette famille nippone. Provenant d’un pays progressiste en matière de droits de la diversité sexuelle et de genre comme le nôtre, cela permet à la fois d’expliquer des différences culturelles concernant l’homosexualité, mais aussi d’autres petites choses comme les tatouages ou les câlins par exemple permettant ainsi des situations plus ou moins cocasses.

Gengoroh Tagame est un mangaka d’ouvrages érotiques homosexuels qui connaissent un réel succès dans l’archipel. Sa notoriété tient en ses nombreux travaux publiés dans différents magazines gay japonais. L’auteur décide ici d’explorer avec succès un thème plus social et sensible.

A la lecture des pages (dans le sens de lecture originale; Le Mari de mon frère se lit de gauche à droite et de haut en bas), nous sommes tombés sous le charme de cette famille recomposée si attachante et dont les émotions nous touchent. Pas de confusion de sentiments, ou d’histoire romantique facile. Même si l’histoire peut paraître simpliste, elle touche et est éducative, et ce n’est pas si courant. Il y a beaucoup de tendresse et d’amour dans ce manga et nous attendons avec impatience que les Bibliothèques de Québec proposent le dernier tome de cette jolie histoire.

Révision: Louis-Filip Tremblay