«Dalida» : l’icône du glamour est ressuscitée

Par Michel Hubert

Le film biographique de Lisa Azuelos mettant en scène Sveva Alviti dans le rôle de la diva du glamour est présenté sur tous les écrans québécois.

De sa naissance au Caire en 1933 à son premier Olympia en 1956, de son mariage avec Lucien Morisse, patron de la jeune radio Europe n°1, jusqu’à son suicide, en 1987, le film retrace le destin hors du commun de Iolanda Cristina Gigliotti, dite Dalida. Le film dresse le portrait intime d’une femme solaire qui pour beaucoup est devenu la quintessence de la féminité et une icône de la communauté de la Diversité sexuelle et de genre.

Le film nous raconte son histoire au travers de ses amours. L’amour qui est au cœur de la vie de la chanteuse. En deux heures, nous assistons impuissant au suicide de trois de ses amants. Le manque d’amour, la culpabilité qu’elle ressent envers ses amants disparus et sa stérilité après un avortement conduisent Dalida à se donner la mort. La musique est très présente tout au long du film. Tous les plus grands succès de la chanteuse sont entendus et sont reconnus. Ils font partis de notre culture musicale commune. L’histoire de ce film c’est celui d’une femme blessée, fragile, cherchant désespérément à être aimée sans que jamais ce gouffre ne puisse être comblé par les hommes qui ont émaillés sa vie et vivant perpétuellement dans la culpabilité et dans la souffrance. La réalisatrice ressuscite ici, Dalida, et lui redonnant la brillance qu’elle eu en particulier après sa résurrection symbolique suite à sa première tentative de suicide à 34 ans qui fit d’elle une figure quasi-christique.

Icône gay de référence, Dalida pourtant hétérosexuelle était entourée par ses amis gays. De son frère, Orlando, à son ami Pascal Sevran (qui lui a écrit « Il venait d’avoir 18 ans« …) en passant par Bertrand Delanoë (ancien maire de Paris). Elle chantera par ailleurs deux titres qui évoquent l’homosexualité plus ou moins directement : « Pour ne pas vivre seul » (1972) et « Depuis qu’il vient chez nous » (1979).

Engagée pour les droits des LGBT, bien avant que cela devienne à la mode, elle n’hésitera à défendre la radio Fréquence gay et ou par exemple lors d’un journal télévisé en 1980 à questionner vivement un sénateur sur les avancées du projet de loi pour la dépénalisation de l’homosexualité en France qui sera adopté un peu plus tard sous la présidence de François Mitterrand.

Sa fragilité extrême, sa sensibilité, sa difficulté à vivre son identité, son besoin perpétuel d’amour, sa féminité et en même temps son androgynie , son glamour, ses tenues étincelantes pendant sa période disco et bien d’autres choses permettent à beaucoup d’homosexuels de se reconnaitre en elle, en ses souffrances et en son parcours.

Le psychanalyste Joseph Agostini qui a récemment écrit « Dalida sur le divan » aux Editions EnVolume. explique l’engouement des hommes gays pour Dalida ainsi :

Les gays ont élu Dalida ! Ils l’ont inconsciemment choisie pour être LA Femme. Elle a une voix profonde, grave mais douce et caressante à la fois. Elle a un physique sensuel mais tout aussi fort, presque masculin par moments. Elle est la mater dolorosa éplorée à la mort de ses amants et la star dans ses habits de lumière. Tout est là, en puissance, pour fasciner ces hommes particuliers qui se délectent de sa présence comme on regarde une œuvre d’art.

Déjà de son vivant et encore aujourd’hui, elle est souvent imitée dans les cabarets de transformistes et reste une inspiration pour bon nombre de Drag Queen. C’est l’archétype de la diva, la première diva avant Céline et Barbra. Un modèle presque cathartique pour certains homosexuels qui  voit en elle, un exemple de courage et de panache.

Une étoile qui brille jusqu’à s’éteindre d’avoir trop brillée.